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Grand remplacement électoral : le vote francophone en déclin

Claire Durand >

Juste avant de partir en vacances et alors qu’il n’y aura probablement pas de nouveaux sondages avant la troisième semaine d’août (pour éviter les échantillons biaisés), il m’a semblé intéressant de déterminer la « ligne de départ », l’état des intentions de vote avant le début officieux de la campagne.

J’en profite pour rappeler que ce qui m’intéresse est d’essayer d’estimer si les sondages seront fiables ou s’ils auront tendance à sous-estimer ou sur-estimer un parti. Pour ce faire, je m’intéresserai à la proportion et à la répartition des discrets, comme je l’ai fait depuis les élections de 1998. J’analyserai également les différences selon les modes d’administration — WEB, IVR, téléphonique, mixte — à la lumière des analyses que j’ai faites dans d’autres élections canadiennes et européennes. Notez que je ne m’intéresse pas à la prédiction du nombre de comtés que chaque parti pourrait obtenir. Mon expertise n’est pas là.


Première analyse: L’évolution des appuis selon les sondages publiés depuis juin 2017

Le premier graphique montre l’évolution des appuis aux différents partis en utilisant les données des sondages tels que publiés, après répartition proportionnelle des discrets. Les discrets sont constitués de l’ensemble des répondants qui ne révèlent pas leur intention de vote, soit qu’ils refusent de la révéler ou disent ne pas être décidés, ou ne pas vouloir voter. Les refus et indécis composent la majeure partie des discrets. Le graphique utilise les sondages de quatre firmes, soit Léger, Mainstreet et Ipsos et CROP. Les données des sondages faits par CROP depuis avril 2017 ont été rendus disponibles dernièrement par la firme.

Les estimations de chaque sondage sont représentées par les points sur le graphique. Les lignes représentent l’évolution estimée des intentions de vote, calculée à l’aide d’une procédure statistique de régression, à partir des estimations des sondages. Les firmes font toutes une répartition proportionnelle des discrets, ce qui revient à recalculer les pourcentages sur la base de ceux qui déclarent une intention de vote.

Le graphique montre que la CAQ aurait fait des gains de près de 10 points de pourcentage depuis juin 2017. Il montre également que ces gains ont surtout été faits aux dépens du Parti Québécois et de Québec Solidaire qui ont perdu chacun de quatre à cinq points durant la même période. Par contre, le PLQ n’a perdu qu’un peu plus de deux points de pourcentage. Ces divers mouvements se soldent par une avance de la CAQ sur le PLQ de près de sept points.

Notons toutefois une grande disparité dans les estimations des diverses firmes. Il arrive fréquemment de constater des écarts de cinq points entre les estimations de deux sondages réalisés durant la même période. On le voit autour d’octobre, par exemple, alors que deux sondages estiment l’appui au PLQ à 29% et un autre à 41%, soit un écart de 12 points. La même chose se produit pour le PQ en décembre alors qu’un sondage estime l’appui à 14% et un autre à 24%. Les estimations des appuis à la CAQ et à Québec Solidaire apparaissent plus similaires entre les firmes. La variabilité peut être liée au fait que la campagne n’est pas encore commencée. Elle peut également être liée aux méthodes utilisées par les diverses firmes, une question que je vais analyser dans un prochain message.

Qu’en est-il des francophones? 

Le graphique suivant montre l’évolution des intentions de vote chez les francophones, définis habituellement par la langue maternelle. Il y a un an, les trois principaux partis étaient à égalité. Chez les francophones, la CAQ est le seul parti à avoir progressé et ceci, également aux dépens des trois autres partis. Le graphique montre le PLQ et le PQ sont à égalité chez les francophones, durant toute la période. Au final, les appuis à la CAQ approcheraient 45% alors que le PLQ et le PQ seraient à 20% et Québec Solidaire un peu au-dessus de 10%.

Beaucoup disent que ce sont les francophones qui décident des élections. J’aimerais noter que, au début des années 1980, les francophones constituaient 87% de la population alors qu’ils n’en constituent plus que 80%. Par ailleurs, les francophones incluent maintenant des Africains, des Haïtiens, des Français, immigrés au Québec plus ou moins récemment. Enfin, contrairement à la situation qui prévalait en 1980, une beaucoup plus grande proportion d’immigrants, considérés dans les sondages comme des allophones, sont francisés. Bref, l’idée que la seule chose qui compte est le vote « francophone » mériterait une mise à jour.

 

L’évolution des appuis en faisant une répartition non-proportionnelle des discrets

Depuis l’élection de 2003, je fais une estimation de la répartition des intentions de vote des discrets dans laquelle j’attribue 50% des discrets au PLQ, 25% chacun au PQ et à la CAQ (anciennement à l’ADQ) et aucun aux autres partis. Cette répartition s’est révélée empiriquement juste puisqu’elle a permis une très bonne estimation de l’intention de vote lors des élections de 2003, 2007, 2012, et 2014. Pour ceux, celles qui ne sont pas familiers avec cette pratique, amenée historiquement par Maurice Pinard, puis Pierre Drouilly, je prépare une petite histoire de la répartition non-proportionnelle des discrets qui sera publiée sous peu.

Le prochain graphique présente d’abord l’évolution des intentions de vote avant toute répartition des discrets. Ce graphique ne comprend pas les sondages de Mainstreet réalisés en 2017 puisque, avant janvier 2018, Mainstreet ne publiait pas des informations comparables à celles des autres firmes. Heureusement, ce problème est maintenant réglé et les sondages de Mainstreet de 2018 sont inclus dans le graphique.

Comme on peut le constater, la proportion de discrets se situe autour de 20%, sans réelle évolution depuis janvier. Cette proportion est un plus élevée qu’en 2014: Dans les mois précédant cette élection, la proportion d’indécis s’est située autour de 15%. Avant répartition des indécis, la CAQ apparaît toujours avoir gagné 10 points pour atteindre 30%, le PLQ est presque stable à 25%, le PQ se situe autour de 15% et QS un peu en bas de 10%.

Voici maintenant le graphique après répartition non-proportionnelle des discrets. Il s’agit de l’hypothèse la plus plausible quant aux réelles intentions de vote. Le graphique montre une parfaite égalité dans les intentions de vote pour la CAQ et pour le PLQ à 35%. Le PQ se situe un peu au-dessous de 20% et Québec solidaire sous 10%.

Il s’agit de l’état plausible des intentions de vote à l’aube de la campagne. Plusieurs campagnes récentes — Québec 2014, Canada 2015, entre autres — ont montré que les campagnes peuvent changer des choses. En 2014, comme le montre mon message de blogue publié après l’élection, en utilisant la même répartition non-proportionnelle des discrets, le PLQ et le PQ avaient commencé la campagne à égalité à 35%. Les appuis au PLQ avaient augmenté à plus de 40%, puis s’étaient stabilisés. Les appuis à la CAQ avaient augmenté aux dépens des appuis au PQ de sorte que la CAQ et le PQ avaient terminé autour de 25%. La répartition non-proportionnelle donnait une prédiction parfaite des résultats du scrutin mais dans ce cas-là, elle n’était pas très différente de la répartition proportionnelle. Son effet était surtout de ne pas sous-estimer le PLQ et surestimer QS.

 

En conclusion

L’estimation utilisant l’hypothèse d’une répartition non-proportionnelle des intentions de vote des discrets donne une image différente de la situation à l’aube de la campagne électorale. Cette répartition a fait ses preuves mais il convient quand même de rappeler qu’en ce qui a trait aux campagnes électorales et aux élections, la passé n’est pas nécessairement garant de l’avenir. Les campagnes électorales ne se ressemblent pas nécessairement et elles peuvent certainement modifier les intentions de vote. Il demeure qu’il est possible qu’en ce moment, le PLQ et la CAQ soient nez à nez dans les intentions de vote.

> Lire l’article sur le blog Ah ! les sondages.

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