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La gauche contre le peuple

Jérôme Blanchet-Gravel > 

Il existait une époque où la gauche se préoccupait du sort de la classe ouvrière. Où elle voulait combattre la famine dans le monde, délivrer les sociétés de la misère et faire jaillir les sources de l’abondance dans un esprit prophétique. Malgré ses excès, elle avait au moins le mérite de se porter à la défense des plus démunis. Non pas seulement des saintes minorités, mais des classes populaires. Fanatique à bien des égards, la gauche était loin d’être parfaite, mais elle pouvait se targuer de défendre des causes nobles. Cette époque est complètement révolue.

La révolution des vainqueurs

Les gauches carburent maintenant à la politique de l’insignifiance, elles ont rejoint l’Internationale de la niaiserie. D’un côté, le projet de la gauche postmoderne peut paraître effrayant, tellement il vise à déconstruire les normes les plus élémentaires de nos sociétés. L’Occident serait à démolir en entier, puis à reconstruire sur de nouvelles bases. Il faudrait déprogrammer les consciences, puis les reprogrammer, tout en prétextant vouloir rendre les gens plus libres.

Mais de l’autre, le nouveau projet de la gauche est tellement farfelu qu’il en devient presque inoffensif, s’harmonisant même au système économique. Toilettes pour trans, écriture inclusive, prénoms à la carte, racisme systémique et véganisme : voici ses nouveaux piliers idéologiques.

Il est fascinant de constater que la gauche se croit encore révolutionnaire, alors que de plus en plus de grandes entreprises intègrent ses mantras dans leur « culture organisationnelle ». Aujourd’hui, pour être de gauche, il suffit de proclamer que nous sommes verts et ouverts. Bien souvent, la forme suffit, car le fond importe peu. La gauche est devenue une simple posture, un rôle, un habit moral à endosser. Se dire antisystème tout en faisant partie du système.

Céline Dion is the new Che Guevara 

Récemment, la chanteuse québécoise, Céline Dion, est apparue dans une pub de la marque Nununu, une compagnie de vêtements pour enfants « non genrés ». Dans la vidéo, on peut voir la diva entrer sans autorisation dans une maternité où les lits sont séparés en fonction du sexe des enfants. Les lits roses pour les filles, et les lits bleus pour les garçons. Scandale ! La chanteuse utilise les pouvoirs du progrès (une poudre de perlimpinpin) pour faire apparaître ce qu’on appelait autrefois des vêtements unisexes. Sur l’un des chandails magico-progressistes : l’inscription « New Order ». La révolution pour enfants a été déclenchée. Le prix de ces vêtements ruinerait le budget d’une famille ordinaire, mais peu importe, ces caleçons et ces pulls sont révolutionnaires.

La gauche détourne l’attention de ce que vivent les classes populaires et s’étonne de la montée des populismes. Comment s’étonner de la popularité du président Trump aux États-Unis, alors que le sport favori de la gauche américaine est le déboulonnage de statues ? Comment s’étonner de la montée du mouvement des gilets jaunes, en France, alors que la gauche urbaine et branchée refait le monde dans les restaurants végétaliens à la mode ?

Haro sur les pauvres qui détruisent la planète

L’automobile n’est pas un symbole de surconsommation, mais de leur incapacité à se payer une bonne vie dans les grands centres. En Amérique du Nord, les plus saints des écolos condamnent le phénomène de l’étalement urbain, mais oublient de souligner que leurs organismes bénéficient souvent de généreux transferts gouvernementaux. Les impôts d’une populace, qui elle, aurait fait le choix de détruire la planète en périphérie. Tous n’ont pas le loisir d’aller faire des pique-niques à vélo.

Nous sommes à l’ère où même les banquiers peuvent se dire progressistes. En France, il y en a un particulièrement célèbre, qui a su exploiter ce filon. Pour une certaine gauche, la révolution passe aujourd’hui moins par le respect du peuple que par son mépris. Le génie du néo-progressisme, au fond, c’est de ne pas remettre en cause le système économique. Son génie, c’est de ne faire que dans la symbolique, pour s’en tenir à une révolution aussi superficielle que terrible.

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