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Office de la langue française : une inversion de sa mission

Nadine Vincent >

Depuis environ deux semaines, un débat qui peut paraître réservé à des initiés bat son plein dans les médias. La grande question semble être de savoir si l’Office québécois de la langue française doit ou non permettre maintenant l’utilisation du mot « grilled cheese ». Or, l’enjeu est ailleurs.

Dès la seconde moitié du XIXe siècle, des lettrés québécois ont constaté que des anglicismes étaient fréquemment acceptés en France — qui n’a pas la vulnérabilité linguistique du Québec — et qu’il ne leur faudrait compter que sur eux-mêmes pour se protéger de l’assimilation à l’anglais. C’est Alphonse Lusignan qui a créé le mot « patinoir » (d’abord attesté au masculin, dès 1880, sur le modèle de fumoir, dortoir ou séchoir) pour remplacer le skating rink adopté par les Français.

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Lorsqu’une nouvelle réalité apparaît et qu’elle est désignée par un mot anglais, le processus de francisation s’orchestre schématiquement en trois phases : 1) l’OQLF émet une proposition (ou une proposition naît dans la société) ; 2) l’usage avec le temps adopte ou non le néologisme proposé ; 3) s’il s’implante suffisamment dans l’usage, le nouvel emploi est attesté et décrit par les dictionnaires.

Et c’est ici que la nouvelle politique de l’emprunt de l’OQLF étonne. Elle prétend qu’elle opte maintenant pour une « stratégie d’intervention réaliste », qu’elle va tenir compte de la « légitimité » des usages et de leur traitement dans des « ouvrages normatifs ». Or, sur qui se basent les ouvrages normatifs pour accepter ou critiquer un emploi : bien souvent sur l’OQLF !

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Alors, que nous utilisions tous le mot « grilled cheese » parce que « sandwich au fromage fondant » n’a pas passé la rampe de l’usage n’a aucune importance dans le débat actuel. Ce qu’il faudrait déterminer collectivement, c’est si l’Office québécois de la langue française peut changer son mandat et ne faire que décrire l’usage ou s’il doit continuer à l’orienter ; s’il doit se contenter de servir de miroir à la langue en usage au Québec ou s’il doit persévérer à lui proposer des fenêtres sur de nouvelles perspectives.

 

Lire l’article complet sur Le Devoir.

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