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Fusillades en plein jour : Montréal-Nord devient une zone de non-droit

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Des jeunes armés. Des fusillades en plein jour. Des résidants terrorisés. Des policiers qui marchent sur des œufs. Depuis un an, le secteur nord-est de Montréal-Nord connaît une escalade de violence. Dans le passé, on a tenté avec succès de construire des ponts entre les résidants du quartier et ces groupes de jeunes qui « chillent » dans les rues à toute heure. Mais avec l’arrivée d’armes dans le décor, est-ce encore possible ? Notre enquête, au cœur d’une poudrière.

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Depuis un an, les citoyens du secteur nord-est de Montréal-Nord ont subi « une escalade de violence », convient Marc-André Desrochers, directeur de la mobilisation territoriale à la Société d’habitation populaire de l’Est de Montréal (SHAPEM), propriétaire de 16 immeubles dans le secteur. « Certains de nos locataires sont désespérés. »

En effet, après le meurtre d’octobre 2019, une nouvelle tentative de meurtre est survenue le 20 juillet dernier. Quatre jours plus tard, une autre agression par balle. Au tout début de septembre, une troisième tentative de meurtre. Trois personnes ont été blessées. Il y a deux semaines, un homme de 30 ans a été blessé par balle dans la rue de Jubinville. Et puis, dimanche dernier, les policiers ont ouvert le feu sur un homme armé d’un couteau. Certains de ces évènements sont survenus en plein jour.

Le 24 juillet dernier, l’organisme Parole d’ExcluEs avait organisé une activité dans l’espace Lapierre, formé des cours arrière de plusieurs immeubles. Il faisait beau. Il était 16 heures.

Les personnes sortaient de l’activité. Il y avait des familles, des enfants. Il y avait un groupe de jeunes devant les immeubles. La personne qui est arrivée avec une arme à feu a commencé à tirer dans le tas. Ils tirent n’importe comment : ce sont des gamins qui ont des armes. Tout le monde courait. On est à Montréal ! Pas à Kaboul ou à Johannesbourg !

Bochra Manaï, coordonnatrice générale de l’organisme Parole d’ExcluEs

Certains des travailleurs de l’organisme ont été traumatisés par l’évènement.

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« Quand on appelle le propriétaire, il nous dit d’appeler la police. Quand on appelle la police, ils nous disent d’appeler l’arrondissement. Tout le monde se renvoie la balle », dit Lina, une autre résidante de la rue Lapierre. « C’est comme si le quartier leur appartenait, à ces jeunes », ajoute Nadia.

« Le secteur est en train de devenir une sorte de zone de non-droit », admet un acteur important du quartier, qui a réclamé l’anonymat pour cette citation. Lors de leurs interventions sur place, les policiers marchent sur des œufs, d’autant plus que les jeunes traînent la plupart du temps sur des terrains privés. Comme ici, sur cette étendue d’asphalte entre deux immeubles, surnommée « le trou ». La police n’a aucun levier pour les chasser.

« Ces jeunes-là connaissent leurs droits mieux que qui que ce soit : ça fait des années que la police leur court après ! », observe le militant Will Prosper, du groupe Hoodstock, qui déplore le manque criant de services de nature psychosociale dans le quartier. « Ce secteur-là, c’est un désert de services. »

Il y a trois semaines, les policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ont mené une opération majeure, frappant à plus d’un millier de portes dans le quartier afin de recueillir des indices sur ces évènements survenus durant l’été. « Mes policiers ont été vraiment remués par ce qu’ils ont vu. Les gens ont peur », reconnaît l’inspecteur Patrick Lavallée, qui dirige le poste de quartier du SPVM.

Le nombre d’infractions impliquant des armes à feu est clairement à la hausse depuis trois ans, souligne-t-il. De 12 évènements en 2018, on est passé à 18 en 2019, puis à 29 infractions en 2020.

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