Les restrictions sanitaires ralentissent l'immunisation grâce à Omicron (peu virulent) et accroissent les risques d'un mutant résistant aux vaccins.
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Ralentir la contagion? Ces deux scientifiques voudraient l’accélérer!

Le variant Omicron se répand à travers le monde, mais jusqu’à présent, il semble être moins mortel que ses prédécesseurs. C’est une bonne nouvelle, mais voici un risque que les décideurs politiques devraient prendre en compte : les mesures conçues pour ralentir la propagation d’Omicron peuvent finir par créer un super variant plus infectieux, plus virulent et plus résistant aux vaccins. Ce serait un désastre dont nous serions les seuls responsables.

Pour minimiser ce risque, les autorités doivent tolérer la propagation rapide de variants relativement bénins. Cela nécessitera des compromis difficiles, mais cela sauvera des vies à long terme. Nous devrions mettre fin à l’obligation de porter un masque et à la distanciation physique dans la plupart des contextes, non pas parce qu’elles ne ralentissent pas la propagation – l’argument habituel contre de telles mesures – mais parce qu’elles sont probablement efficaces.

Bien que plus contagieux, Omicron serait 70% moins dangereux que Delta selon les données britanniques.

Pour comprendre la raison, considérons d’abord la distinction importante qui existe entre deux concepts scientifiques, le glissement antigénique et le changement (ou cassure) antigénique. Les antigènes sont des molécules, telles que la protéine de pointe du SRAS-CoV-2, qu’un système immunitaire détecte comme étrangères. Le système immunitaire de l’hôte monte alors une réponse.

Le glissement antigénique décrit le processus par lequel des mutations ponctuelles (petites erreurs génétiques) se produisent de manière aléatoire au cours du processus de réplication virale. Le résultat : des altérations mineures des antigènes, comme la protéine de pointe. Si une mutation ponctuelle rend le virus moins susceptible de survivre, ce variant disparaît progressivement. Mais si la mutation confère un avantage évolutif – disons, la capacité de se propager plus rapidement d’une cellule à l’autre – alors ce variant devient plus susceptible de se propager dans la population.

Le glissement antigénique est un processus graduel et variable : une mutation ponctuelle modifie un peptide, ou bloc de construction, d’une protéine plus complexe. Les hôtes immunisés contre une souche antérieure jouissent généralement d’une immunité au moins partielle contre les variants ayant subi ce glissement. C’est ce qu’on appelle la protection croisée.

Chaque fois qu’un hôte immunisé est exposé à un variant antigénique légèrement différent, l’hôte peut modifier sa réponse immunitaire sans tomber gravement malade. Et plus la nouvelle souche est similaire à la dernière version que la personne a combattue, moins cette souche sera risquée pour l’hôte.

Le changement antigénique fait quant à lui référence à un saut discontinu d’un antigène (ou ensemble d’antigènes) à un antigène (ou ensemble d’antigènes) très différent. De nouvelles souches virales, telles que celles qui passent d’une espèce à une autre, ont tendance à naître d’un changement antigénique. Les causes biologiques du changement antigénique sont souvent différentes de celles du glissement antigénique. Par exemple, la recombinaison entre deux ou plusieurs souches virales provoquent des modifications plus importantes des gènes viraux que celles causées par des mutations ponctuelles individuelles.

Mais cela donne lieu à un paradoxe sorite : combien de mutations ponctuelles uniques (glissements antigéniques) constituent collectivement un changement antigénique, en particulier lorsque les hôtes humains sont privés d’opportunités de mettre à jour leur réponse immunitaire aux variants ayant glissé?

Les personnes vaccinées ou naturellement immunisées peuvent adapter leur réponse immunitaire aux nouveaux variants créés par le glissement antigénique. Malheureusement, les confinements et le port du masque augmentent le risque de variants résistants aux vaccins en minimisant les opportunités pour les individus immuns d’adapter leurs réponses immunitaires par le biais d’expositions périodiques à des variants ayant progressivement glissé.

C’est une notion familière pour les virologues. Prenez l’augmentation des cas graves de zona au cours de la dernière décennie, en partie causée par l’utilisation généralisée du vaccin contre la varicelle. Le zona et la varicelle sont causés par le même virus. Avant l’utilisation généralisée dudit vaccin, les adultes mettaient régulièrement à jour leur propres systèmes immunitaires en étant exposés à la varicelle par leurs enfants ou par d’autres adultes exposés par des enfants. Mais maintenant que la plupart des enfants sont vaccinés contre la varicelle et ne la contractent plus, les personnes âgées souffrent de cas plus graves de zona.

Le risque absolu de voir apparaître une souche plus virulente du SRAS-CoV-2 est faible. C’est parce que les virus « se soucient » davantage de se propager que de tuer l’hôte : la plupart des virus évoluent pour devenir plus infectieux et moins virulents. Mais ce n’est qu’une règle générale, pas une loi biologique. Comme toute tendance, nous devrions nous attendre à une distribution des résultats en forme de cloche – et plus vous multipliez les mutations, plus vous risquez d’obtenir un résultat improbable. L’application de politiques sanitaires restrictives dans un contexte de vaccination généralisée rend plus probable l’émergence d’un super variant résistant aux vaccins.

La distribution normale de l’intelligence est un exemple de courbe en cloche (ou courbe de Gauss).

Pourquoi ne pas se préparer à ce résultat simplement en développant plus rapidement de nouveaux vaccins contre de nouvelles souches ? Parce que même les vaccins à ARNm ne peuvent pas être développés assez rapidement pour contrer un super variant résistant aux vaccins. Le 8 décembre, Pfizer s’est engagé à livrer son premier lot de nouveaux vaccins conçus spécifiquement pour Omicron dans un délai de 100 jours. Pourtant, à la mi-mars, un pourcentage important de la population américaine aura déjà été infectée par Omicron.

Pendant ce temps, le masque obligatoire et les mesures de distanciation physique auront créé un terreau fertile pour de nouveaux variants qui échapperont encore mieux à la vaccination. Des changements antigéniques importants peuvent créer de nouvelles souches de plus en plus difficiles à cibler avec des vaccins. Il n’existe pas de vaccins contre de nombreux virus, malgré des décennies de recherche scientifique.

L’assouplissement des restrictions se fera-t-il au prix d’un plus grand nombre d’hospitalisations et de décès alors que le prochain variant commencera à se répandre ? Peut-être, mais cela réduirait le risque d’un scénario catastrophe et sauverait des vies à long terme.

L’étape la plus importante dans la lutte contre la Covid-19 a été la distribution de vaccins. Cet objectif ayant été accompli, il nous faut maintenant prioriser la lutte aux mutations dangereuses plutôt que la lutte à la propagation. La question de savoir si le SRAS-CoV-2 a été fabriqué en laboratoire fait présentement l’objet d’un débat, mais assurons-nous que l’homme ne soit pas responsable d’une souche encore plus dangereuse avec ses décisions contre-productives.

M. Vivek Ramaswamy est biologiste et a fondé une entreprise pharmaceutique cotée en bourse qui développe entre autres des traitements basés sur la thérapie génique. Mme Apoorva Ramaswamy est professeur adjoint d’oto-rhino-laryngologie au Ohio State University Medical Center.

Texte traduit par Eugène d’Estimauville de Beaumouchel.

>>> Consulter la lettre ouverte des Ramaswamy (en anglais)

Pour en savoir plus :

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