Après 15 mois d'angoisse et de déprime, tous les partisans du Canadien méritent de renouer avec leur équipe.
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La pandémie est finie : le Centre Bell doit rouvrir à pleine capacité

Eugène d’Estimauville de Beaumouchel >

Pour la première fois depuis 2014 et à la surprise générale, le CH fait partie du carré d’as de la LNH. Plus impressionnant encore, il n’a pas tiré de l’arrière depuis le match # 4 face aux Maple Leafs, pour un total de 437 min 53 s de temps de jeu. Il est donc à une cinquantaine de minutes du record établi par l’équipe de Maurice Richard et Jean Béliveau en 1960, qui voguait alors vers son cinquième championnat consécutif…

Pourtant, même si Montréal passera en zone jaune d’ici la prochaine partie à domicile du Tricolore, seule une poignée de privilégiés pourront assister aux exploits des hommes de Dominique Ducharme, soit 2500 sur une capacité totale de 21 288.

La faute à la bureaucratie hygiéniste qui nous pourrit la vie depuis plus d’un an. La faute à un gouvernement qui, pour des raisons politiques, n’est pas pressé de nous redonner nos libertés.

Il est venu le temps de tourner la page sur ces heures sombres de notre histoire et de rouvrir le Centre Bell à pleine capacité. Nous avons tout à y gagner.

Santé

Commençons par le commencement : la crise du covid est terminée. À l’heure où j’écris ces lignes, le nombre de nouveaux cas quotidiens se maintient sous la barre des 200 depuis 5 jours, il n’y a plus que 64 patients aux soins intensifs (soit un Québécois sur 133 000), la mortalité a presque disparu et le taux de tests positifs est à son plus bas depuis le mois d’août.

La plupart des États américains ont presque éliminé les restrictions sanitaires, et ce même si le pourcentage d’Américains ayant reçu au moins une dose de vaccin est moins élevé que le nôtre.

Depuis le mois d’avril, certains stades de baseball texans accueillent ainsi 40 000 spectateurs (généralement non masqués). Malgré les cris d’effroi des médias et des pseudo-experts, la catastrophe annoncée n’est jamais arrivée. En fait, la situation épidémique a continué de s’améliorer, à tel point que le Lone Star state connaît depuis des journées sans aucun décès, fait d’autant plus remarquable qu’il s’agit du deuxième État le plus peuplé (près de 29 millions d’habitants).

Le stade des Rangers du Texas (Arlington), 5 avril 2021.

Même constat pour le Super Bowl qui s’est tenu devant 25 000 fans en janvier ou le gala de la UFC du mois de mai qui rassembla plus de 16 000 amateurs entre quatre murs, encore une fois sans masques. Ces deux derniers évènements ont eu lieu en Floride.

L’infectiologue sherbrookois Alex Carignan est d’ailleurs en faveur d’accueillir plus de fans au Centre Bell.

En revanche, là où on peut parler d’une réelle crise, c’est au niveau de la santé mentale, chez les jeunes mais aussi chez les personnes âgées. Or le sport est un formidable exutoire collectif, surtout s’il permet de socialiser en public et de briser l’isolation.

Économie

Nul besoin de rappeler que les commerçants montréalais, et en particulier ceux du centre-ville, ont énormément souffert de la pandémie, des mesures sanitaires et du télétravail. Les succès du Canadien en séries sont l’occasion rêvée de donner de l’oxygène aux chauffeurs de taxi, aux restaurateurs (qui peuvent depuis peu recevoir des clients en salle) et aux hôteliers mal en point, à condition bien sûr qu’on permette à plus de fans d’affluer vers l’aréna de la rue Saint-Antoine.

Il existe également tout un écosystème à l’intérieur du Centre Bell, qui fait travailler des centaines de personnes les soirs de match en temps normal (du stationnement aux comptoirs alimentaires et passant par la billetterie). Et pour revenir au point précédent, il est bien connu que le chômage et la pauvreté font baisser l’espérance de vie des individus.

Les traiteurs des loges du Centre Bell fournissent également 100 000 repas par année à l’organisme communautaire Mission Bon Accueil, nourriture qui aurait fini aux ordures sinon. Malheureusement, ces dons sont présentement impossibles (interdiction de vendre des boissons ou des aliments).

En outre, ce qui est rentable pour le Bleu Blanc Rouge est rentable pour ses actionnaires, au nombre desquels on retrouve plusieurs centaines de milliers d’épargnants québécois.

Nation

On a critiqué avec raison la (très) faible représentation francophone au sein de l’alignement des Habitants, sachant que le club a été fondé pour devenir le club canadien-français de Montréal face aux Wanderers anglophones qui existaient déjà.

L’hypothétique retour des Nordiques dans la division du CH forcerait sûrement ces deux équipes à embaucher davantage de Québécois, mais les raisons expliquant la baisse du nombre de joueurs locaux dans la Ligue sont beaucoup plus profondes.

Au-delà des aléas du sport professionnel, le meilleur moyen de faire triompher les joueurs québécois serait de créer une équipe nationale pour rivaliser avec le Canada, la Finlande ou la Russie.

Dans l’immédiat, une des manières d’encourager les jeunes Québécois à jouer au hockey (et peut-être un jour enfiler l’uniforme tricolore) est de leur permettre d’assister à l’euphorie des séries éliminatoires en personne. Raymond Bourque, Mario Lemieux et Martin Brodeur, pour ne nommer que ceux-là, étaient d’avides supporters qui allaient couramment admirer les Glorieux au Forum dans leur jeunesse.

4 mars 1981, Forum de Montréal. Un jeune Mario Lemieux applaudit son idole Guy Lafleur, qui vient de récolter son millième point dans la Ligue nationale.

Malgré leurs défauts, Geoff Molson et Marc Bergevin font des efforts pour encourager les joueurs de la Belle Province, comme la construction de patinoires communautaires haut de gamme dans différentes villes du Québec (la 13e sera à Jonquière) et la relocalisation du club-école de la ECHL à Trois-Rivières, qui devrait comprendre 70% de hockeyeurs québécois. Les millions supplémentaires générés par des estrades bondées pourraient permettre de pérenniser ces initiatives ou même d’embaucher de meilleurs prospecteurs pour suivre la LHJMQ, sait-on jamais.

Le logo enraciné des Lions de Trois-Rivières, nouveau club-école du Canadien.

Un autre élément à prendre en compte est la fierté d’être les premiers au Canada à permettre de grands rassemblements intérieurs. Pendant des mois, le Québec s’est démarqué par son lourd bilan dans les CHSLD et par ses mesures particulièrement liberticides (comme le couvre-feu et les amendes de 1500$), ce qui a été une source de honte pour plusieurs.

Maintenant, le Québec a l’occasion de se démarquer pour des raisons beaucoup plus réjouissantes. Lors du 6e match de la première ronde, déjà, le Canadien avait pu jouer devant 2500 fans, ce qui avait forcé la main des autorités ontariennes qui avaient décidé d’autoriser une (modeste) foule de 550 travailleurs de la santé au Scotiabank Arena de Toronto pour le 7e match. Les Manitobains les imitèrent pour les matchs à domicile des Jets.

Équité

Par ailleurs, le prix astronomique des billets, qui ont pu frôler les 10 000 dollars sur les sites de revente, rend les matchs du CH inaccessibles au consommateur moyen. Cela est profondément injuste et il faut augmenter l’offre de billets pour faire baisser les prix.

Même pour les personnes aisées qui peuvent se permettre une telle dépense, il est dommage d’avoir à payer 10 fois trop cher pour une paire de billets, et si l’État annonce qu’il autorisera l’entrée de plus de 2500 fans, il devrait le faire au plus vite. Il serait enrageant pour les fans de débourser une petite fortune pour voir la valeur des billets s’effondrer le lendemain.

Dans ce même esprit d’équité, les comptoirs de restauration du Centre Bell devraient pouvoir servir la clientèle maintenant que les salles à manger des restos classiques sont elles aussi ouvertes à Montréal. Il n’est pas plus dangereux de boire une bière dans une vaste salle omnisports qu’au bistro du coin.

Évidement, ce qui est accordé à une équipe de hockey professionnelle doit aussi être accordé au reste de la société civile. Même les gens qui n’ont pas d’intérêt particulier pour notre sport national doivent comprendre que c’est l’occasion d’accélérer la réouverture complète de l’économie et d’achever l’extrémisme sanitaire qui brime nos libertés depuis 15 mois. Les mélomanes, par exemple, doivent espérer un retour à la normale rapide pour le Centre Bell, le Centre Vidéotron et nos autres salles de spectacle.

Lord Stanley

Finalement, la Sainte-Flanelle sera désavantagée si elle n’a que 2500 fans à domicile alors que les Golden Knights de Las Vegas ont droit à un amphithéâtre plein à craquer (18 000 amateurs déchaînés).

Le T-Mobile Arena de Las Vegas est déjà rempli à pleine capacité.

M. Legault, si vous êtes un aussi grand partisan que vous le dîtes, arrêtez de nuire à notre équipe et déconfinez ce sport magnifique. Il ne reste que 8 matchs à gagner (dont 4 à la maison) pour que nos Glorieux remportent leur 25e Coupe Stanley!

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