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Les Québécois : coupables d’exister

Robert Laplante >

L’auteur est le directeur de L’Action nationale.

Les voix ne cessent de se multiplier, au moment d’écrire ces lignes, pour demander au gouvernement d’annuler la Commission sur le racisme et la discrimination systémiques. Rien, apparemment, ne paraît ébranler la volonté de Philippe Couillard d’en découdre avec les spectres qu’il dit vouloir débusquer dans les manifestations d’une identité qu’il ne se représente que repliée sur elle-même. Dérapages à la Commission des droits de la personne, cafouillage sur les modalités de déroulement des audiences, inquiétudes sur la sous-traitance à l’industrie de la repentance, soupçons d’électoralisme aussi malsain que cynique, rien n’y fait. La supériorité morale qu’il s’octroie et qu’il ne se gêne jamais d’infliger au bon peuple reste sa posture et dicte sa position.

On aurait tort cependant de ne voir là que travers de personnalité. Trudeauiste radical, pourfendeur des moindres signes de manifestation de notre existence nationale, Philippe Couillard pousse tout simplement d’un cran et plus ouvertement encore que son maître, la logique de minorisation dans laquelle il veut enfermer le Québec à demeure. Pierre Elliott Trudeau, on le sait, n’avait de cesse d’affirmer que le fédéralisme et Ottawa étaient les seuls moyens de nous mettre à l’abri de nous-mêmes, de nous protéger de démons intérieurs qu’il nous imaginait. La société québécoise laissée à elle-même, sans le garde-fou de la charte canadienne, serait capable des pires dérives. Dressé dans sa superbe, le même Trudeau n’a pas hésité à présenter comme un crime contre l’humanité notre projet d’indépendance. Tout dans la posture et la conduite politique de Philippe Couillard laisse entendre qu’il partage cette vision, même s’il ne pratique pas les mêmes outrances langagières. Il préfère les sophismes, les amalgames et les insinuations perfides. Il pratique une autre forme d’outrance, matinée de multiculturalisme pédant.

L’acharnement que révèle l’intention de tenir cette commission, c’est celui de pousser le multiculturalisme jusqu’à son ultime aboutissement c’est-à-dire son inscription même dans la logique et le fonctionnement des institutions québécoises. Il ne s’agit plus seulement de s’en servir comme d’un garde-fou idéologique, il faut l’encastrer dans l’architecture institutionnelle québécoise elle-même. Philippe Couillard n’est pas d’abord soucieux de combattre le racisme et la discrimination, il cherche avant tout à instaurer une mécanique d’internalisation de la norme canadian qui rendra permanent le procès contre la volonté de faire de la culture québécoise le centre de gravité de l’intégration citoyenne. Les valeurs, les principes et les règles qui doivent façonner les institutions ne doivent en rien s’écarter de ce qu’autorise la charte canadienne. Dans la logique multiculturelle, il n’y a pas de culture de convergence et il ne saurait y avoir de normes institutionnelles faisant obstacle à l’ingénierie diversitaire.

 

Les deux chefs actuels de l’Anti-Québec

 

Le gouvernement du Québec, sous la férule de Philippe Couillard, devient ainsi un instrument d’éradication de la réalité nationale. Cette commission pourrait bien en être une pièce d’engrenage. On comprend qu’il y tienne. Sa visée n’est pas tant de faire le procès des Québécois en racistes pratiquants que de mettre en place un dispositif de culpabilisation capable d’enrayer le fonctionnement des institutions en tant qu’institutions nationales en implantant l’esprit de la charte canadienne comme principe de régulation. Le gouvernement du Québec doit devenir un gouvernement provincial normalisé, expurgé de tout réflexe national comme d’une faute contre la raison.

Fédéraliste inconditionnel et militant anti-national radical, Philippe Couillard, à défaut de pouvoir signer la constitution comme il en a rêvé tout haut, cherche par tous les moyens à en faire le cadre de l’État du Québec. Il ne s’agit plus de le soumettre à l’empire des lois étrangères, il cherche à implanter les moyens de le forcer à les intérioriser. De ce fait, la commission sur le racisme et la discrimination systémique n’est pas d’abord un instrument de lutte contre les divers fléaux de la xénophobie, mais bien plutôt un outil de minorisation, un moyen d’implanter une logique d’oblitération nationale. Il y a quelque chose d’odieux à se servir du dégoût qu’ils peuvent inspirer pour tenter de faire croire que l’auto-dénigrement serait la meilleure façon de les combattre.

 

Une entreprise de culpabilisation dont les résultats sont connus d’avance : le Québec est structurellement raciste

 

Honteux et coupables d’exister en dehors des balises canadian, c’est ainsi que cette initiative toxique voudrait voir les Québécois se présenter devant un tribunal qui sera moins soucieux des faits que des crimes putatifs qui pourraient leur être imputés. Le vrai procès d’intention sur lequel cet exercice repose, c’est celui des dangers présumés associés à l’affirmation qu’il existe ici une nation qui ne peut se charger des problèmes les plus difficiles et de leurs conséquences les plus ignobles en comptant sur ses propres règles et ses propres ressources. Le spectre de la nation tarée, porteuse d’une intolérance consubstantielle est brandi comme une puissance tutélaire. Sans la protection canadian, loin de la charte, la dérive est tenue pour toujours possible, qu’il s’agisse de discrimination raciale ou de conception de la laïcité.

Plus longtemps le gouvernement tiendra ces sujets dans l’actualité, plus profondément s’imprégnera la sensation de souillure. Dégoûter les Québécois d’eux-mêmes pour mieux leur enfoncer le Canada dans le consentement à refuser d’exister, telle est la politique inhérente à cette gouverne libérale. Cela a déjà été dit et cela mérite d’être répété : le mépris n’aura qu’un temps.

 

Lire l’article sur L’Action nationale.

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