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Islamisation du Québec : Stage de radicalisation islamique pour les policiers de Longueuil

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« Ici, c’est ce qu’on appelle un temple sikh ? »

L’imam Foudil Selmoune se tourne vers le jeune policier qui vient de lui poser la question en dissimulant mal son étonnement.

Cela fait une bonne demi-heure qu’il fait visiter sa mosquée – la plus grande au Québec – aux patrouilleurs en stage.

L’imam se doutait qu’ils auraient beaucoup de questions sur l’islam. Mais un tel niveau d’ignorance le renverse.

« Ce n’est pas la même religion », répond-il avant de poursuivre la visite.

Les fidèles de la mosquée du boulevard Grande-Allée à Brossard arrivent en masse pour la prière du vendredi. C’est le soir le plus occupé. Ils sont entre 1500 et 2000.

Durant la soirée, quelque 150 enfants – répartis dans des classes non mixtes – étudient le Coran. Les hommes prient au rez-de-chaussée, alors que les femmes, elles, se recueillent sur la mezzanine.

« J’aimerais que vous vous sentiez chez vous. Nous sommes des frères de l’humanité. » – L’imam Foudil Selmoune

L’imam poursuit en insistant pour que les policiers posent toutes les questions qui leur passent par la tête.

Il sera servi.

L’égalité homme-femme est au cœur des préoccupations des policiers.

« Si la femme est égale à l’homme dans votre religion, pourquoi doit-on toujours parler à l’homme plutôt qu’à la femme quand on intervient comme patrouilleurs ? »

« Pourquoi la femme doit toujours se voiler avant de nous ouvrir la porte ? »

« Pourquoi les femmes et les hommes ne prient pas ensemble ? »

« Il ne faut pas croire que l’islam dénigre les femmes. C’est tout le contraire, répond l’imam. Devant un homme autre que son mari, la femme doit se couvrir. Ne le prenez pas personnel. »

Si les hommes et les femmes sont séparés à la prière, c’est pour que tout le monde puisse se concentrer sans être distrait par les corps qui se dévoilent au moment de prier, poursuit-il.

« Je comprends ça, lâche le patrouilleur Martin Vézina. Moi aussi, je serais déconcentré. »

Plus tôt dans la soirée, l’un des organisateurs du stage, le lieutenant-détective Martin Valiquette, a prévenu l’imam que le policier pouvait émettre des commentaires « naïfs », mais qu’il avait un « bon fond ».

Le patrouilleur de 47 ans se demande pourquoi les musulmans ne mangent pas de porc. Un jour, alors qu’il était bénévole dans une banque alimentaire, il a offert des saucisses de porc à une famille de confession musulmane venue s’y nourrir. Cette dernière a préféré ne pas manger plutôt que de prendre le repas gratuit.

« Coudonc, as-tu faim ou t’as pas faim ? », s’est dit le patrouilleur.

« Pour cette famille, c’est mieux de ne rien manger que de ne pas respecter ses valeurs. Pour l’inclure, il aurait pu y avoir un autre choix alimentaire au menu », lui explique l’anthropologue Gabriela Coman, l’une des organisatrices du stage.

Un patrouilleur se demande si les mariages entre conjoints de même sexe sont permis.

L’imam explique qu’ils sont interdits puisque les relations homosexuelles sont « un péché ».

« Lancez-moi la première pierre », chuchote une patrouilleuse lesbienne à ses collègues.

« Pourquoi les gens mentionnent Allah avant de faire un acte de terrorisme ? », demande un autre.

« Ces gens n’ont rien compris à l’islam, puisque notre religion transmet un message de paix et d’amour », plaide l’imam.

« C’est plate pour vous, ça », dit un jeune patrouilleur, empathique.

Le groupe de patrouilleurs se déplace pour assister à la prière. Policiers et policières restent debout, en retrait dans le fond de l’immense salle. Seul le lieutenant-détective Valiquette s’agenouille derrière les fidèles et ferme les yeux pour se recueillir.

***

Dans une autre mosquée visitée lors du même stage, une fidèle a demandé à des policières de se couvrir la tête pour la prière. L’une d’elles a simplement enfilé son capuchon. Une autre a mis le voile.

« J’ai senti que je devais le mettre, raconte l’agente Marie-Pier Laverdière. Je me suis dit : “C’est quoi, deux minutes dans ma vie, pour respecter ses croyances ?” »

D’autres collègues ne se seraient jamais voilées et le lui ont fait savoir.

Au moment d’un retour en groupe, Farid Bekal, psychologue de formation et membre de la petite équipe de conseillers du SPAL qui a mis sur pied Immersion, revient sur le geste de l’agente Laverdière.

« Pour la personne qui a demandé aux policières de se voiler, c’est ce qui fait du sens. Et aux yeux de cette femme, se voiler au moment de la prière, ce n’est pas négociable. » – Farid Bekal, psychologue et membre de la petite équipe de conseillers du SPAL

La policière ne l’a pas fait parce qu’elle adhère à la pratique, mais par respect pour la pratique de cette femme, poursuit le psychologue.

***

Après la prière ce soir-là, les policiers font la tournée des classes de l’école coranique. Des fillettes de 5 ans, voilées, récitent des versets par cœur.

Les bras croisés, la mine renfrognée, le patrouilleur Jonathan Guertin n’a pas posé une question de la soirée. « Écris-le dans le journal, moi, l’endoctrinement, je ne suis pas capable. Moi, ma religion, c’est la licorne rose invisible », ironise-t-il.

Plutôt que d’entrer dans les classes comme les autres policiers, il reste dans le corridor avec M. Bekal, qui est lui-même de confession musulmane.

« Comment fais-tu pour être psychologue puis en même temps croire à ces affaires-là ? », lui lance le patrouilleur sur un ton excédé.

M. Bekal est ébranlé par le ton de son collègue, mais tente de n’en rien laisser paraître.

Le policier décide de quitter la mosquée sans assister à la prière de la soirée.

« C’est mieux qu’il parte, nous confie M. Bekal sur un ton compréhensif. Il est saturé. »

« Je trouve cela positif qu’il me pose des questions. S’il pose des questions, c’est qu’il n’est pas complètement fermé. » – Farid Bekal, psychologue et membre de la petite équipe de conseillers du SPAL

>>> La suite de l’article de Caroline Touzin et Martin Tremblay.

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